Une nouvelle initiative controversée pour bannir le français de Flandre

Une commune flamande a provoqué jeudi un tollé chez les francophones de Belgique en appelant ses administrés à dénoncer les commerçants et les entreprises locales qui utiliseraient une autre langue que le néerlandais dans leurs relations commerciales.
Dans la dernière édition de son journal municipal, la mairie d’Overijse, commune située au sud-est de Bruxelles, appelle les habitants à lui signaler les commerçant qui auraient affiché leurs prix ou rédigé leurs prospectus en utilisant, en plus du néerlandais, le français ou l’anglais.
Le Premier ministre belge, le chrétien-démocrate flamand Yves Leterme, interpellé à la Chambre par des députés francophones, a dénoncé l’initiative de la municipalité, qui a créé une adresse électronique pour recueillir les plaintes.
“Je peux comprendre que la commune d’Overijse soit soucieuse de son statut culturel et linguistique. Cependant, l’utilisation d’un tel procédé n’est pas acceptable. Il vaudrait mieux l’éviter”, a déclaré M. Leterme.
Dans un communiqué, le ministre des Finances et président du premier parti francophone, Didier Reynders, a lui aussi condamné ce qu’il a qualifié de “délation” et de “pratique d’un autre temps et totalement incivique”.
En Belgique, où vivent 60% de néerlandophones et 40% de francophones, l’emploi des langues est réglementé dans la sphère publique –notamment dans les contacts avec l’administration–, mais il est libre dans la sphère privée.
“Les autorités communales ne peuvent contraindre un commerçant à s’adresser exclusivement dans une seule langue envers ses clients”, affirme M. Reynders.
“Je m’inquiète de plus en plus du manque de tolérance de certains en Flandre qui se ferment peu à peu à la diversité et à la richesse culturelle”, ajoute-t-il.
La Flandre s’est récemment faite épingler par des instances internationales (la Commission européenne, le Conseil de l’Europe, un comité de l’ONU), qui jugent potentiellement discriminatoires des initiatives prises pour limiter la présence du français, en particulier dans la périphérie de Bruxelles.
L’une des mesures les plus controversées réserve l’attribution de logements sociaux aux personnes parlant le néerlandais ou qui s’engagent à l’apprendre.
Le ministre flamand des Affaires intérieures Marino Keulen, pourtant un “dur” sur le plan linguistique, a lui aussi condamné l’action d’Overijse.
“Aucune loi n’impose aux commerçants de mettre des affiches rédigées en néerlandais. L’idée de délation est condamnable, moyenâgeuse et en dessous de tout”, a-t-il expliqué, en promettant de rappeler à l’ordre la commune.
Source: http://www.romandie.com